Blooming Riders — Trouver la pension de ses rêves

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Trouver la pension de ses rêves

Si vous avez un cheval, il y a de fortes chances que vous l’ayez logé dans une écurie, dans laquelle vous payez une pension mensuelle. Ce processus, qui concerne une grande majorité des propriétaires de chevaux, est loin d’être anodin, et nécessite une recherche assidue pour satisfaire tous les partis. En effet, il n’implique pas seulement le cheval, mais aussi (voire surtout) des êtres humains qui doivent apprendre à cohabiter avec leurs différences. Entre disputes virulentes, actes manqués et chevaux insatisfaits, on vous donne nos meilleurs tips pour vous en sortir indemnes !


Nos conseils sur le sujet :

  1. Des besoins du cheval, et de l'humain
  2. Un bon compromis 
  3. Du relationnel humain 
  4. Qu'êtes-vous prêt à sacrifier ? 
  5. Une culture encore trop traditionnelle ?  


1. Des besoins du cheval, et de l'humain 

Tout propriétaire de cheval éclairé sait combien trouver une “bonne” pension pour son cheval relève véritablement d’un exploit.

Cette démarche commence par établir quels sont les besoins d’un cheval et puis de son humain.

Laissez-moi commencer volontairement par les besoins de l’humain.

Ceux-ci sont assez variables individuellement.

- infrastructures : certains s’en fichent complètement, d’autres ont besoin d’installations pour travailler. D’autres ont même besoin de “bonnes” installations, autrement dit, un sol correct, une piste clôturée, hersée, arrosée, et j’en passe (serai-je concernée ?! Oui.). Certains ne veulent pas tirer une croix sur un manège - en aucun cas faut-il juger les besoins de chaque cavalier. Si vous ne supportez pas la pluie et le froid, eh bien gardez le manège en critère et ignorez les gens moqueurs. Si travailler dans une prairie vous va bien, ce sont vos envies et votre choix.

- proximité du domicile : ce critère possède également une grosse variation individuelle ! Certains n’envisagent même pas de faire plus de 15 minutes de route, d’autres sont prêts à faire 40 minutes tous les jours. A noter également que ce facteur va être forcément régulé par la région où vous habituez (difficile de réaliser moins de 30 minutes de route quand on vit à Paris ou Bruxelles et qu’on veut que le cheval sorte tous les jours), le facteur chance, ainsi que par votre niveau d’exigence.

- management proposé pour les chevaux : je mets volontairement ça dans “besoins de l’humain”, parce que chacun sa petite idée de ce qui est un “bon” management des chevaux. En effet, certains voudront un temps de boxe, d’autres surtout pas, certains seront trop inquiets si le cheval est en groupe, d’autres tueraient si le cheval était isolé, certains veulent donner leur nourriture, d’autres ne veulent pas s’en préoccuper… Bref, le point de vue de l’humain responsable sur le mode de gestion du cheval, c’est un critère humain d’abord et avant tout.

Maintenant, passons aux besoins du cheval.

Ceux-ci sont simples :

- il doit pouvoir bouger tous les jours

- manger des fibres à volonté

- avoir des interactions sociales avec ses congénères

- (non-)bonus : la gestion de celui-ci doit être assez flexible pour s’adapter aux variations individuelles

Ces besoins accordent tous les experts et chercheurs :

- le cheval est un animal de mouvement : rester statique trop longtemps produit des effets délétères indiscutables sur son moral (stress, frustration, manque de contrôle sur son environnement, impossibilité d’exprimer certains comportements naturels), et sur son corps (engorgement, maintien de la musculature, etc.). Une sortie tous les jours est donc indispensable.

- les fibres constituent l’aliment de base du cheval : si son estomac est vide pendant 4h ou plus, on multiplie le risque d’ulcères. Un manque de fibre a un impact crucial sur la digestion du cheval, dont on sait qu’elle est dans un équilibre fragile chez le cheval, et cela augmente les facteurs de coliques.

- le cheval est un animal de groupe : l’empêcher de groomer, taper, manger, dormir avec d’autres chevaux, c’est le priver d’un trait essentiel propre à son espèce.

Bon, ça, c’est le portrait dans ses grandes lignes.

Évidemment, il existe des variations individuelles.

Évidemment, l’équilibre d’un groupe de chevaux ne consiste pas “juste” à jeter 5 chevaux ensemble et prier pour que tout se passe bien. Bien sûr, si vous êtes dans une écurie où les chevaux valent des dizaines de milliers d’euros, il y a de fortes chances que le gérant mette en place des règles basées sur la sécurité ultime. Un bon gérant d’écurie est capable d’ajuster sa politique quand il voit qu’un cheval ne se sent pas bien dans son groupe, qu’il n’a pas accès au foin, ou bien qu’il doit porter un panier pour ne pas devenir obèse et qu’il faudra donc mettre une bassine pour qu’il puisse boire. On en parle juste après, mais c’est un critère fondamental.

Bien entendu, il existe des pressions financières, humaines, systémiques, foncières, que chacun doit gérer comme bon lui semble. En effet, certains chevaux ont des pathologies, des historiques, des complications qui vont demander des adaptations de ces besoins fondamentaux.

2. Un bon compromis

Je suis désolée de vous l’annoncer, mais l’écurie “parfaite” n’existe nulle part.

Une écurie, c’est d’abord et avant tout une affaire d’humains, entre humains, à propos de chevaux.

La conséquence directe, c’est une imperfection globale ressentie par tous.

C’est un compromis, un “bon” compromis où chacun est prêt à accepter les défauts de l’autre, et où ces défauts sont largement dépassés par les qualités globales du lieu et de la gestion. Mais nous y reviendrons dans la prochaine section !

Rares sont les propriétaires ayant la chance de réunir par-fai-te-ment tous leurs critères personnels (le manège éclairé, les 10 minutes de trajet et les balades à volonté), avec les critères du cheval (sorties, foin, copains)(ça ferait un bon jingle ça, lol).

En effet, je vais vous prendre quelques exemples et il va falloir essayer de réellement comprendre les contraintes du gérant concerné :

  • par exemple, dans une région où le foncier est sous pression, le gérant va être très précautionneux sur le peu de terres qu’il a. Il va, par conséquent, prioriser la rentrée des chevaux au boxe pour ne pas abîmer ses sols en cas de pluie. 

  • dans une écurie haut de gamme, où les clients ont des chevaux très chers, le gérant aura peut-être tendance à isoler un peu plus les chevaux par inquiétude qu’ils se blessent avec d’autres au paddock, et que cela le lui soit reproché - et éventuellement qu’il perde des clients. 

  • dans une écurie très loisir avec des pensions peu chères, autour des 200€, il est probable que le gérant ne mette pas le paquet sur la qualité des sols puisque peu de propriétaires travaillent assidûment et que ses rentrées d’argent ne permettent pas de financer un sol de carrière à 50.000€. 


3. Du relationnel humain

J’en ai fait un paquet d’écuries, et j’en ai vu un paquet, des disputes débiles d’écurie.

Entre “machin ramasse jamais ses crottins”, “bidule balaye pas derrière elle”, “truc-muche a fait/n’a pas fait ceci cela et c’est vraiment une grosse morue des îles”, “ah bon ??? Elle a appelé ce maréchal ??? Mais naaaaaan !”, you name it, on a tous été la victime et le bourreau dans cette situation.

Malheureusement, la cohabitation, que dis-je : la colocation, est le propre d’une pension. Même si vous êtes peu de pensionnaires, vous allez devoir faire avec les qualités et les défauts (subjectifs et/ou objectifs) propre à l’autre. Et l’autre va devoir se coltiner vos défauts et vos qualités également, ne l’oubliez pas ! De votre point de vue, vous êtes certainement un petit ange blanc, mais pourtant, vous avez des défauts dans le regard de quelqu’un d’autre. Autrement dit : préparez-vous à être d’accord de ne pas être d’accord. Préparez-vous à accepter que vos points de vue seront différents, et qu’en aucun cas ça ne vaut la peine de prendre l’autre pour un gueux arriéré (même si vous êtes tenté de le penser, abstenez-vous, et courage).

Cette qualité relationnelle sera éminemment indispensable avec le gérant des lieux. En dehors de ses éventuels défauts, le gérant d’une écurie, c’est quelqu’un qui a décidé de sacrifier une grande partie de sa vie, notamment privée, en acceptant que des gens viennent tous les jours chez lui, toute la journée, en se rendant disponible aux requêtes des uns et des autres, en ayant que rarement des jours de pause, en étant responsable de la prunelle de vos yeux, en se levant la nuit si un cheval est malade, tout ça, il faut quand même le souligner, pour un salaire probablement dérisoire dans la majorité des cas.

Alors lorsque vous avez la gachette de la colère un peu facile (et je comprends, les chevaux, ça nous rend chèvre), essayez deux minutes de vous mettre à sa place. Comment auriez-vous réagi ? Aimeriez-vous gérer les caprices de Pierre Paul Jacques, même quand vous trouvez que les demandes sont débiles/inutiles/compliquées/fatigantes/pénibles/nombreuses ? Accepteriez-vous de ne pas vraiment avoir de dimanche, ni de jour férié ?

4. Qu'êtes-vous prêts a sacrifier ?

On se demande souvent ce qu’on aimerait avoir dans une pension, mais rarement ce qu’on est prêt à sacrifier.

Finalement, je pense que le secret réside plutôt dans le fait d’accepter consciemment des défauts, plutôt que de rechercher certaines qualités et prier pour que tout se passe bien.

Après avoir fait plusieurs écuries, c’est la première chose que je me demande : quels défauts suis-je prête à accepter ?

Cela peut être, par exemple :

- un prix élevé

- une plus grande distance

- une gestion très rigide

- une gestion trop laxiste

- des prairies abîmées

- des installations mal entretenues

- des gens relous

- peu ou pas de chemins de balade…

5. Une culture encore trop traditionnelle ?

Là, je m’adresse à votre opinion, mais avant, je vous donne la mienne.

Je trouve, indéniablement, que les écuries/pension bien gérées sont rares. Je trouve également que les écuries dans lesquelles les besoins fondamentaux sont connus et respectés un minimum (en prenant en compte les diverses contraintes qu’on peut rencontrer) ne forment pas la majorité. 

Encore trop d’écuries, aujourd’hui, sont mêmes construites sans prendre en compte que des sorties quotidiennes seront organisées, ou en mettant beaucoup plus de boxes que de surface de prairies disponibles. 

Encore trop de gérants ne connaissent finalement peu de choses sur les rotations de parcelles, sur les comportements innés du cheval, sur les dynamiques de groupe… 

En outre, le nombre de gérants d’écurie blasés - désillusionnés - au bout du rouleau - démotivés est considérable, amenant donc une gestion et un relationnel qui se dégrade. Enfin, il y a clairement une sous-évaluation très répandue du prix que devrait réellement coûter une pension mensuelle. En dessous de 200€ par mois, une fois que vous retirez la TVA, les charges salariales, les charges fixes, sans même compter le temps de travail… On se retrouve avec vraiment pas grand chose. Imaginez que vous avez 10 chevaux, dans une écurie à 180€ TTC tous les mois. Vous entrez 1800€ TTC tous les mois. En Belgique, la TVA de 21% s’applique toujours (en France, 6%) : retirez 312.40€ (89€ en France). Restent 1487.60€ qui sont censés payer votre paille, votre foin, la nourriture, vos clôtures, l’électricité et l’eau, le financement des installations (qui se comptent en dizaines de milliers d’euros), les assurances éventuelles. Si le gérant parvient à se retirer un SMIC, c’est déjà un exploit, et tout cela, sans parler de taux horaire… Heures supplémentaires et jours fériés n’existent pas dans ce langage-ci. 

Je crois sincèrement que les propriétaires d’équidés doivent comprendre profondément qu’une pension de qualité, ça coûte de l’argent, aussi douloureux que cela puisse paraître.

Toutefois, les choses bougent, les choses changent. Pleins d’écuries ouvrent en proposant des fonctionnements nouveaux, des hébergements modernes type paddock paradise ou écuries actives. De plus en plus de gérants cherchent à répondre aux besoins des chevaux, il y a une réelle préoccupation au sujet du bien-être du cheval qui est grandissante. 

Et vous, qu’en pensez-vous ?