Blooming Riders — La monte freestyle : à quoi ça sert ?

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La monte freestyle : à quoi ça sert ?

Suite aux articles (exquis, beaux, émouvants) rédigés par Lucie sur son histoire de propriétaire d’un jeune cheval, et le récit de sa pire séance avec Val, me voilà de retour pour parler d’équitation. Eh ouais, on est un peu des foufous chez BR ! Trêve de plaisanterie : et si on parlait un peu de freestyle ? Non, non, pas le Freestyle appelé également Kür dans le jargon des dresseux… Je parle bien de la monte sans contact plébiscitée par les pionniers du natural horsemanship. Dans cet article, je vous explique à quoi ça sert, comment ça se pratique, et je me bats contre ce triste cliché que tout se résume à se balader cheveux aux vents et cordelette à l’encolure dans des champs de colza (et en plus c’est pas tip top pour la santé, les champs de colza).

Nos conseils sur le sujet :

  1. Pour mieux communiquer, le freestyle est roi
  2. Un cheval qui comprend : un cheval qui s’épanouit
  3. C’est le corps d’abord, les mains et les jambes ensuite
  4. “Le freestyle, c’est pour les cow-boys qui font du western”
  5. La relation d'abord, le sport ensuite

1. Pour mieux communiquer, le freestyle est roi

En fait, le freestyle, c’est une monte simple, pour un message simple. Si le message est simple, il est facile à expliquer au cheval ; s’il est facile à expliquer, le cheval peut facilement le comprendre et l’assimiler. Or, l’équitation, c’est quand même vachement compliqué. Donc pour que ça marche, et que notre cheval soit content de participer à cette drôle d’aventure que de monter sur leur dos, il faut qu’on soit capables de leur donner le goût de l’apprentissage.

Je vous invite dès à présent à faire preuve d’un bon gros anthropomorphisme, exceptionnellement. Si vous débarquez dans une classe d’allemand, et que votre allemand se résume à “Scheisse!”… Et que l’enseignant rentre directement dans le détails approfondis des déclinaisons sans même vous avoir expliqué la différence entre die, der et das, ni à quoi cela correspondait, vous allez être sacrément perdus, et vous allez vous sentir sacrément crétins. Pourtant, vous ne pouvez pas d’emblée deviner ce que veulent dire die, der et das. Eventuellement, au gré des cours, vous finirez par capter un jour qu’en fait, c’était de simples articles définis, équivalent à la, le et “neutre” (un truc, en plus, inexistant dans votre langue… Chaud de l’inventer !).

Conclusion, est-ce que votre prof n’aurait pas mieux fait que de commencer son cours sur les déclinaisons par vous expliquer ce que sont die, der et das ? Est-ce que, même, peut-être, aurait-il pu commencer par vous enseigner des choses toutes simples, comme donner votre nom, ou dire bonjour et merci ?

Eh bien, le freestyle, c’est l’art de commencer par dire bonjour, merci, et au revoir, avant d’entrer dans la technicité des déclinaisons de die, der et das.

2. On cheval qui comprend : un cheval qui s’épanouit

Concrètement, le freestyle va vous encourager fortement à tout décomposer en petites pièces, que vous allez assembler lentement, mais sûrement. En freestyle, vous créez la fondation de votre communication en selle. Le freestyle est au travail monté ce que le travail en longe est au travail en liberté, en quelque sorte. Vous enseignez les bases d’abord en longe, avant de vous jeter dans le grand bain de la liberté. Avant de faire des triples saltos arrières en longues rênes (ce que tout le monde fait, indéniablement), vous commencez par expliquer à votre cheval comment déplacer ses épaules, ses hanches, et reculer.

Le freestyle va souvent s’effectuer en licol en corde, car c’est un outil ultra basique, simple, facile à sentir. Certains démarrent en mors - mon avis : vous êtes des cavaliers libres, dans un monde libre. On n'est pas sectaires, chez Blooming Riders, et on croit en vos choix. L’avantage du licol, c’est qu’il vous force à ne pas tricher, à faire de grands gestes un peu caricaturaux et pas super élégants (au début, après ça s'affine bien entendu), mais c’est important pour vous faire comprendre, quand il semble que votre cheval ne capte pas bien vos demandes.

Donc en freestyle, on prépare le cheval à des demandes de plus en plus complexes et abouties. Par exemple, le tout début du freestyle, c’est très souvent ceci :

  • à l’arrêt, flexions d’encolure des deux côtés : les aficionados du horsemanship sont déjà en train de se dire “tsss trop ea-syyy quoi”, tandis que moi, j’en ai vu un paquet, des cavaliers super avancés dont la monture n’était pas capables de donner une flexion de chaque côté sans gigoter dans tous les sens. Les basiques sont indémodables, et il y a une raison à cela !
  • à l’arrêt, déplacer le bloc des épaules vers la droite et vers la gauche : idem, le nombre de chevaux qui se mettent à tout bouger en même temps sans dissocier est assez grand !
  • à l’arrêt, déplacer les hanches sans bouger les épaules : vous avez compris la chanson…

On s’attarde sur tous les détails, et on met du soin à aller au bout des choses incomprises, pour qu’il n’y ait plus aucune place au flou dans la tête du cheval. Si c’est clair dans sa tête, le cheval prend confiance en l’apprentissage, en vous, et surtout, en lui-même !

Extrait d'entraînement d'une jeune jument :

3. C’est le corps d’abord, les mains et les jambes ensuite

Le freestyle a cet énorme avantage de vous encourager à décomposer l’utilisation de vos aides : si vous voulez être ultra lisible, vos aides doivent être ultra bien employées. Pour bien employer nos aides, en tant que cavalier, nous avons tous besoin de bien comprendre quand on agit et comment. Oubliez temporairement les notions de contact, de symétrie, d’impulsion, de postérieur intérieur et d’épaules qui dérapent… Concentrez-vous sur ce que vous faites exactement et précisément, et améliorez cela.

Voyons le processus applicable à de nombreuses situations de monte freestyle :

  • votre phase 1 démarre par votre assiette et votre dos.
  • puis, selon les exercices, phases 2, 3 et 4 vont jusqu’à utiliser les bras, les mains, ou les jambes.

Tout réside dans la phase 1 : vous devez vous conditionner à l’utiliser systématiquement et d’une façon quasi religieuse. Cela doit devenir un rituel, et la colère de Dieu s’abattra sur la France si vous avez oublié de parler avec votre dos et votre admirable fessier. Kapisch ?

Le reste, les rênes, les mains, les jambes, le stick ou quoique ce soit qui vient ensuite, ils sont voués à diminuer en présence, jusqu’à peut-être extinction pour certains… Et c’est là que les galops en cordelette sur la plage surviennent ! Ainsi que tous les autres trucs ultra stylés que les plus forts de ce monde sont capables d'achever.

Or, on est tous dans la même panade. Que le cavalier qui n’a jamais perdu toute perception de lui-même et de l’espace, obnubilé par un problème qui ne passait pas, employant déraisonnablement jambes et mains au point d’empirer le tout, me jette la première pierre. Si vous avez toujours parfaitement transmis d’abord l’information avec votre assiette et votre dos, je ne vois qu’une chose : vous ne faites pas partie de l’espèce humaine.

4. “Le freestyle, c’est pour les cow-boys qui font du western”

Il est vrai, il est vrai… Qu’il y a de nombreuses similarités entre l’abord du travail en freestyle et la pratique de l’équitation western. Et alors ? C’est ça, que je trouve absolument trop cool en équitation : tout se rejoint quelque part. Pas besoin de juger vos confrères qui abusent des paillettes pour vous mettre au freestyle (vous remarquerez, d’ailleurs, que les paillettes sont très présentes aussi bien dans une discipline classique bien connue que dans certaines disciplines western ; encore un point commun maléfique !!).

Ce qui compte, c’est que le freestyle va vous aider, indubitablement, à mieux monter dans votre discipline classique favorite. Tout comme le travail au sol aide énormément dans la relation homme-cheval : un scoop, qui, encore en 2021, ne semble pas encore tout à fait acquis sur le terrain. Quelle dommage… Mon combat pour le freestyle n’est pas prêt de prendre racine.

Je fais une petite liste des bénéfices du freestyle, je vous laisser juger de son intérêt :

  • il vous apprend à mieux gérer la personnalité de votre cheval
  • il vous offre énormément de stratégies pour régler des soucis de communication genre : réponse aux jambes ou réponse aux mains
  • il permet d’alléger considérablement TOUTE votre communication en selle
  • il permet de développer un cheval et un humain détendus, souples, harmonieux
  • il améliore votre relation avec votre cheval, puisque vous êtes forcés d’arrêter de faire des bêtises et de dé-com-po-ser
  • il supprime les Pokémons qui surgissent des coins qui font flipper (c’est un peu trop résumé, voyons les choses plutôt ainsi : il vous force à gérer intelligemment les angoisses de votre cheval, un animal de proie conçu de telle façon que ses chances de survie sont meilleures s’il s’écarte dès que possible de l’ombre, là-bas, dans le coin gauche du manège)
  • il vous apprend à mieux gérer vos aides : fini de s’accrocher aux rênes ou de talonner chaque foulée !
  • il développe un cheval autonome, responsable, sûr de lui, connecté à son cavalier

5. La relation d’abord, le sport ensuite

Le freestyle rentre dans cette logique implacable que la relation avec votre cheval est prioritaire sur toute pratique équestre.

En freestyle, on éduque le cavalier à penser d’abord “cheval” avant de penser “dressage”, “obstacle” ou “TREC”. On développe le “feel” du cavalier, son timing et sa capacité à devenir un homme de cheval qui développe d’abord un cheval sûr de lui, qui a confiance en son cavalier, qui a envie de le suivre où il le mène. On accroît les compétences techniques du cavalier en lui enseignant l’emploi juste de ses aides. On améliore le confort du cheval en encourageant le cavalier à lui lâcher la grappe, en montant rênes molles voire longues, sans agir du tout lorsqu’il n’y en a pas besoin.

En bref, de mon point de vue, c’est juste une case départ absolument magique, qui aide le cavalier à voir où il se situe, où son cheval se situe, et à lui donner les clés pour progresser step by step et en toute confiance. Un cavalier armé de ces connaissances, c’est la garantie d’un cheval éduqué sereinement.

Ensuite… Ensuite seulement ! Il sera temps d’aller spécialiser votre couple dans la discipline choisie. Mais vous aurez perdu du temps pour en gagner davantage lorsque vous démarrerez votre travail technique : normalement, les gros problèmes de communication sont dans l’ensemble réglés. La gestion du fitness émotionnel a été grandement abordée en freestyle également. La confiance en l’environnement aussi.

Cela ne veut pas dire que vous ne rencontrerez aucun problème ! Lol, on parle de chevaux et d’humains ensemble, ne l’oublions pas. Vous aurez d’office des noeuds au cerveau, vous avez décidé de faire de l’équitation, pardi… Mais, vous serez bien mieux éclairé sur votre chemin. Vous pensez “cheval” avant de penser “équitation”, et ça, c’est quand même sacrément important.

Exemple d'un travail pendant le débourrage, monte freestyle :