Blooming Riders — Avoir son cheval chez soi - un rêve, et sa réalité

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Avoir son cheval chez soi - un rêve, et sa réalité


Se lever le matin, regarder par la fenêtre : le soleil se lève, les oiseaux chantent, et vous pouvez observer vos chevaux brouter paisiblement tandis que vous sortez des bras de Morphée. La vie est belle ! Aaaah, si seulement avoir ses chevaux à la maison ressemblait à ce doux rêve de calme, de sérénité et de plénitude au quotidien… Loin d’être une cure de jouvence, vivre aux côtés de ses chevaux est une décision à prendre très au sérieux, et à contempler dans toutes ses réalités pour s’épanouir dans ce projet.

 

Nos conseils sur le sujet :

  1. Ton emploi du temps, tu sacrifieras
  2. La loi de l'espace 
  3. La loi du budget  
  4. La solitude : ensemble on est plus forts   


1. Ton emploi du temps, tu sacrifieras 

Avant toute chose, avoir ses chevaux à la maison, c’est officialiser une loi que tout bon cavalier accepte implicitement le jour où il achète un cheval :

Ton temps, tu sacrifieras.

Si vous avez toujours eu vos chevaux en pension ailleurs, il est fort probable que vous n’ayez pas une notion parfaite du temps que vos chevaux nécessitent - en dehors de la pratique équestre à proprement parler. On connaît tous cette loi barbare que tous nos proches détestent : “Je vais à l’écurie, je reviens dans 2h !” et 4h plus tard… On y est toujours, et ce, à chaque fois, dites donc ! Pourtant, ça n’est évidemment pas de notre faute : à l’écurie, le temps s’écoule différemment. Oups !

Ainsi, hors gestion quotidienne, il se peut que simplement aller voir ou monter votre cheval vous prenne du temps - beaucoup de temps. Il va donc falloir ajouter à cela TOUT le reste :

  • si votre cheval fait un temps de boxe : nettoyer / pailler les boxes

  • vérifier que l’eau est propre/que l’abreuvoir automatique fonctionne

  • refaire les clôtures si les chevaux ont décidé de faire les zouaves

  • checker l’électricité régulièrement pour éviter une mauvaise blague

  • gérer la rotation des pâtures pour éviter que vos chevaux se transforment en baleines, et vos prairies en plaines désertiques

  • faire les soins de ceux qui ont décidé de se blesser / de tomber malade

  • nourrir, mettre le foin, stocker le foin, stocker la paille, stocker la nourriture

  • gérer les stocks en question pour pas tomber à court

  • commander le foin, la paille, la nourriture

  • nettoyer les abris

  • sortir / rentrer les chevaux si c’est votre mode de gestion

  • mettre / enlever les couvertures / bonnets anti mouche / protection si votre cheval vous fait peur lorsqu’il fait l’idiot dehors

On le sait tous, le jour où Caramel fait une colique le dimanche à 6h du matin, on peut dire adieu à la grasse matinée bien méritée et harceler joyeusement le vétérinaire : si la surveillance et gestion de ce genre de crise revient d’habitude au gérant d’une pension, ici, vous êtes seul responsable. Il faut se préparer mentalement à donner de votre temps sans compter.

Toute cette liste est loin d’être exhaustive, et elle ne compte pas le temps de pratique équestre… Ni la gestion éventuelle d’un lieu de travail type carrière ou manège si vous avez cela.

2. La loi de l'espace : gérer les prairies 

​Généralement, quand on est particulier, on rencontre plus souvent des chevaux en prairie qu’en boxe. Déjà, ça paraît plus simple à gérer : on met les chevaux dehors, ils vivent leur vie, pas de boxe à pailler quotidiennement, du foin l’hiver et basta. C’est l’heure de la nuance : il y a quelques bémols à apporter… les prairies entraînent elles aussi des contraintes, et on ne peut estimer cette charge de travail si on ne s’y intéresse pas de près !

Les prairies, pour le bien-être de nos chevaux, il faut absolument les préserver et les maintenir dans un état sain. Si on ne veut pas appauvrir les sols ,et conserver une qualité d’herbage correcte, c’est un gros travail, c’est de l’énergie, de la formation, bref… Vous n’êtes pas au bout de vos peines !

 

Concrètement, plusieurs problèmes se posent :

  • le surpâturage (quand les chevaux épuisent toutes les ressources herbagées de la prairie) appauvrit les sols et cela peut prendre beaucoup de temps pour permettre aux sols de refournir la variété de plantes nécessaires à une bonne alimentation du cheval

  • beaucoup de chevaux (surtout de loisir) dans nos contrées sont absolument obèses et c’est un enfer à gérer. C’est là que savoir ce qu’est une “bonne” prairie pour nos chevaux joue un rôle crucial pour s’éviter fourbures et autres joyeusetés chroniques qui pourrissent la vie de tous.

  • tous les chevaux n’ont pas toujours les mêmes besoins.

  • si vous avez peu de terrain, le management de l’espace va être un point fondamental.

  • les intempéries… selon la région où vous vivez, la pluie peut devenir à la fois votre meilleure amie (car elle aide à la repousse des prairies) et votre pire ennemie. On a tous en tête les images rigolotes de propriétaires qui perdent une botte dans la boue avec l’effet de succion. C’est drôle si la zone boueuse ne se situe qu’à l’entrée de la prairie, mais si elle s’étend, cela devient tout de suite moins rigolo : un peu trop de pluie, un peu trop de chevaux ou pas assez de terrain, et vous serez contraints de déplacer vos chevaux ailleurs afin qu’il ne passe pas leur temps avec de la boue jusqu’aux boulets (c’est loin d’être agréable premièrement, mais c’est surtout la cause de pas mal de problèmes de peau ou ligamentaires). 

On oublie sans doute d’autres contraintes, donc on vous conseille de vous rendre sur les pages pro d’Angélique Descarpentry, ingénieure nutrionniste et spécialiste de la gestion de prairies pour en apprendre plus : pâturage au fil, rotation des parcelles, montée des prairies en grain… Si vous n’y connaissez rien mais que vous avez pour projet d’amener vos chevaux à la maison, il est temps de s’y mettre pour maintenir vos chevaux (et vos prairies) en bonne santé.

3. La loi du budget ​

On a parlé temps, on a abordé la notion d’espace ci-dessus (même si celle-ci gagnerait à être développée - cf. Les ressources mentionnées)... parlons moula !

Eh oui, une idée reçue courante est de croire qu’avoir ses chevaux à la maison est forcément beaucoup plus économique.

Alors comme tout, il y a du vrai et il y a du faux.

Si vous avez la chance de vivre dans une région où le foncier n’est pas surchargé et sous pression, vous partez avec un avantage. Toutefois, gardez en tête que la plupart des écuries aujourd’hui qui facturent une pension mensuelle ne se font qu’une toute petite marge. Hormis le cas où vous n’avez connu que des pensions ultra haut de gamme avec des installations de feu de Dieu, ne mettez pas vos chevaux chez vous uniquement pour économiser - vous risquez d’être un peu déçu.

Ainsi, il est probable que cela reste un coût mensuel conséquent, surtout si vous devez rembourser un prêt pour l’achat des terres. Il faut bien penser que vous allez devoir acheter votre foin, votre paille éventuelle ou votre litière, la nourriture de vos chevaux, qu’il va falloir investir dans des clôtures dignes de ce nom, avec des piquets solides (on ne parle pas des piquets provisoires en plastiques achetés chez Décathlon…) et des fils qui tiendront le coup (attention, acheter pas cher signifie souvent devoir remplacer rapidement !). On ne compte pas non plus le coût en temps : vous savez, les activités chronophages du point 1...

4. La solitude : ensemble on est plus forts 

Cette petite phrase kitsch pour illustrer deux propos :

  • Si vous n’avez qu’un cheval, l’avoir seul à la maison n’est vraiment pas recommandé. Le cheval est un animal social qui a besoin de congénères, comme en on parle ici : 

  • En tant qu’être humain, pensez également à avoir un réseau pour vous soutenir en cas de pépin. Imaginez que vous êtes alité, que vous ne pouvez pas être là pendant 2 jours pour x ou y raison... il va falloir avoir une personne disponible en cas d’urgence. Et une 2e au cas où la première n’est pas dispo.

Pour votre cheval, je ne sais pas si c’est nécessaire d’argumenter : il a BESOIN des autres. Un cheval ne peut pas et ne doit pas vivre seul pour son bien être mental. Donc si vous envisagez de le placer chez vous, n’oubliez pas ce point fondamental.

Gardez en tête que juste « acheter un shetland pour lui tenir compagnie » ne suffit pas toujours. L’avantage d’une pension (oui, pas dans tous les cas loin de là, mais c’est pour schématiser le propos), c’est que votre cheval peut peut-être avoir le choix de « traîner » plus souvent avec le congénère avec lequel il a le plus d’affinités (on en parle dans le programme Ethologue pour un jour sur la plateforme). Sans parler de la différence de taille entre cheval et shetland qui peut freiner des comportements sociaux type grooming, ou même chasser les mouches tête bêche.

Bref, pas simple, Ginette.

Côté humain, on a parlé du cas type « J’ai le Covid-19 et j’ai envie de m’enterrer sous terre pendant 3 jours ». Mais allons plus loin : avez-vous le numéro de plusieurs vétérinaires ? Avez-vous le permis et un van et de quoi tracter si vous devez amener un cheval en clinique ? Et si vous vous cassez la jambe et ne pouvez vous charger des soins pendant plusieurs semaines ni conduire ? Et si votre fournisseur de paille / foin vous lâchait ?

Outre le fait qu’on constate immédiatement une forme d’anxiété anticipative chez l’auteur de cet article, c’est bien de se poser ces questions avant qu’il y ait un gros pépin. Et puis, à titre plus personnel, certaines personnes trouvent bien plus de motivation à se déplacer pour aller s’occuper de/travailler leur cheval si elles savent qu’elles auront l’occasion de voir d’autres êtres humains au passage. Une petite papote pendant le pansage, une balade accompagnée, ou bien même un regard neuf sur le travail avec son cheval, ce sont des choses qui plaisent à certains d’entre nous… (ok, pas vous les introvertis, c’est vrai). 

 

A ce stade, il est probable que vous ayez déjà compris le message : avoir son cheval à la maison, c’est réservé aux gens qui acceptent tout le travail et les sacrifices que ça implique. Attention, cela ne signifie pas du tout que ceux qui sont en pension sont de gros fainéants : chez Blooming, on préfère déléguer cette gestion à quelqu’un d’autre tant que ladite gestion nous convient, bien sûr. On préfère avoir un accès à des installations tops sans avoir à les gérer, ainsi que toutes les autres galères... mais il faut l’admettre, le rêve de se lever le matin avec une vue directe sur ses chevaux est clairement séduisant.