Blooming Riders — Acheter un poulain : le bilan 4 ans après

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Acheter un poulain : le bilan 4 ans après

Quand j’ai acheté Val alors qu’il avait un mois, il y a 4 ans et demi déjà, c’était pour une raison très précise : je voulais acheter un poulain pour tout connaître de sa vie, et maîtriser tout son futur. C’est l’heure du bilan de ces quelques années passées avec lui !

  1. Pourquoi acheter un poulain ?
  2. Le paramètre oublié
  3. De l'importance de bien s'entourer
  4. Le challenge du "high spirited" horse
  5. Pouvoir s'auto-évaluer

1. Pourquoi acheter un poulain ?

On peut dire que lorsque j'ai décidé d'acheter mon premier cheval, Val, je n'avais pas vraiment le profil pour devenir propriétaire d'un poulain. J'avais l’expérience de l’éducation au sol d’un seul cheval, un peu compliqué, et un niveau d’équitation plutôt nul puisque j’avais toujours monté à l’arrache, en balade, et rarement pris cours à cheval.
Vous allez penser que mon aventure de propriétaire commençait avec des paramètres un peu oranges : pas beaucoup d’expérience d’éducation, peu d’expérience à cheval… ne dit-on pas « A jeune cavalier, vieux cheval » ? Je ne vais pas mentir, vous avez sans doute un peu raison (notez le « un peu », je suis têtue).

C’était quelque chose dont j’étais consciente évidemment, mais j’étais focalisée sur le fait de vouloir tout connaître du passé de mon cheval, et plus ou moins tout maîtriser de son futur. Je voulais à tout prix éviter de revivre les situations dangereuses que j'avais traversées avec Momo, dont le passé est très flou (je vous invite à lire mon article à ce sujet si vous souhaitez en savoir plus). Dans ma tête donc, acheter un poulain après son sevrage était la meilleure solution. Et je ne pense pas avoir eu tort ! Je connais effectivement tout du passé de mon cheval, la moindre petite expérience vécue, avec en plus la chance de l’avoir eu pendant 4 ans à la maison, pratiquement sous les yeux. J’ai maîtrisé tous les paramètres maîtrisables : sa vie sociale, son habituation à toutes sortes de situations, son alimentation… J’ai tout fait pour lui offrir un équilibre, lui permettre de se développer à son rythme, lui faire découvrir plein de choses de façon amusante, afin de construire une relation saine entre nous et lui permettre de devenir un cheval bien dans ses sabots. Et je pense que j’ai plutôt bien réussi ma mission !

Val à 6 jours : comment résister ?
Val à 6 jours : comment résister ?

2. Le paramètre oublié

Mais ! (Parce qu’évidemment il y a un mais, je n’écris pas cet article pour chanter mes propres louanges, même si ça fait du bien de temps en temps). Mais, donc, il y a quand même une chose que je n’ai pas pu anticiper : le carafon que mon cheval allait se taper. Je vais être très honnête : Val m’a autant fait rire dans sa vie qu’il m’a donné envie de le transformer en boudin. Et ça a commencé très tôt : quand il avait à peine un an, il avait déjà compris ce petit malin que s'il était assez rapide, il pouvait faire demi-tour et m’arracher la longe des mains quand il n’était pas d’accord avec la situation que je lui présentais. J’ai vite pris des cours à pied avec lui, du coup, pour ne pas qu’il prenne de mauvaises habitudes. Je l’ai castré aussi, accessoirement, en pensant que ça le calmerait (hahahaha ! Non.). Dès les premiers cours de travail à pied, la personne qui me suivait à cette époque m’a prévenue : ça a l’air d’être un gros gauche extraverti, il va falloir être super ferme et intransigeante dès le départ !


Et même si je savais qu'éduquer un poulain n'était pas un jeu, je n'avais pas tout prévu. Je n’avais pas prévu que j’allais devoir être hyper rapide pour essayer d'être à sa hauteur, anticiper tout, être extrêmement claire tout en étant ferme, et surtout, que mon leadership allait être mis à rude épreuve. Je n’avais pas prévu que j’allais devoir être aussi inventive, trouver le juste milieu entre travailler les choses à améliorer et ne pas dépasser le point où ça deviendrait soûlant et que Val déciderait de m’envoyer bouler. Je n’avais pas prévu que malgré, je pense, mon niveau pas trop nul en horsemanship, je me ferais souvent avoir par un tout petit PRE et que je m’exclamerais régulièrement « gros bât*** ! » en le voyant partir au galop avec sa 7 mètres flottant au vent.

Tenue non conventionnelle pour un jour où en faire du boudin ne m'a pas traversé l'esprit !
Tenue non conventionnelle pour un jour où en faire du boudin ne m'a pas traversé l'esprit !

3. De l'importance de bien s'entourer

Rien de tout cela n’est grave, évidemment, je n'ai jamais eu d'accident, il n'a jamais mis personne en danger, ni lui-même d'ailleurs puisqu'il est assez intelligent pour savoir (à peu près) ce qu'il fait. Mais il n’empêche que pour la personne extrêmement posée que je suis dans la vie de tous les jours, c’est parfois très difficile de réagir correctement aux frasques de Val, d’anticiper le moment où peut-être il va tenter de m’envoyer paître parce qu’il est dans un jour sans, et d’être assez rapide pour contrer cette tentative et lui donner envie de rester avec moi. Et je vais être honnête, je suis parfois découragée quand une séance ne se passe pas correctement, que je suis fatiguée et que je me dis qu’en fait, j’ai peut-être raté quelque chose à un moment donné, ou que finalement je n’ai peut-être pas le niveau suffisant pour gérer mon cheval, et que peut-être c'était bête d'acheter un poulain. Je vous rassure, je l'aime tellement que ces pensées négatives disparaissent rapidement !

Pauline au travail avec Val
Pauline au travail avec Val

Mais soyons clairs : je me suis entourée des bonnes personnes rapidement, et j’ai changé de pension pour le débourrage de Val parce que je savais qu’il faudrait plus qu’un accompagnement hebdomadaire pour faire les choses bien. Nous avons d'ailleurs filmé l'intégralité du débourrage de Val dans le cadre de notre programme "Jeune Cheval : des premiers contacts au débourrage". Si vous n'avez pas la chance de pouvoir vous faire accompagner de A à Z par un professionnel, ou que vous n'en avez tout simplement pas l'envie, ce programme vous offrira un appui solide pour ne pas faire de bêtises et être certain(e) d'aller dans la bonne direction, de façon progressive.

Actuellement, je ne monte Val que quand il est tenu en longe, parce que je n'ai pas envie de faire une bêtise tant qu'il n'est pas "routiné" dans son travail monté. Je travaille donc pratiquement toujours quand Pauline (kœur sur toi mon associée d’amour) est également en piste avec un cheval, et je sais que si j’ai un problème, je pourrai recevoir ses conseils. Il arrive aussi régulièrement que je ne sois pas capable de gérer moi-même une partie de séance et que Pauline reprenne la main le temps de régler le souci. Et ça me va tout à fait ! Pourquoi ? Parce que c’est son métier. Et pas le mien. Même si avec mon travail j’ai eu l’opportunité d'observer des centaines de séances de travail à pied, à cheval, avec plein de types de chevaux, je ne suis pas spécialisée là-dedans et ça me paraît normal de me faire aider lorsque je suis coincée ou que j’ai un doute. Je suis capable de m’auto-évaluer et c’est le point sur lequel je souhaite insister à travers cet article : ne vous surestimez pas. Ne vous sous-estimez pas non plus d’ailleurs sous peine de stagner, mais surtout, avec les chevaux, ne vous surestimez pas. Et appelez un professionnel au moindre doute ! Même si c'est pour vous confirmer ce que vous pensiez déjà.

4. Le challenge du "high spirited" horse

Peut-être que vous avez déjà eu quelques chevaux entre les mains et que vous vous sentez bien armé pour éduquer un nième cheval. Et peut-être que ce nième cheval sera justement celui qui vous fera tout remettre en question, et ça peut être pour plein de raisons différentes. Souvent, les chevaux extrêmes dans leur personnalité sont plus difficiles à gérer et chez Parelli, ils sont appelés les « high spirited » horses : ce sont des chevaux dont la personnalité de base (cerveau gauche/droit intro/extra) est exacerbée. Et quand on décide d'acheter un poulain très jeune, on ne peut pas forcément le savoir ! Dans mon cas, Val est un high spirited left brain extrovert (cerveau gauche extraverti), ce qui signifie qu’il est vraiment très speedé, joueur et qu’il remet TOUT en question. Ça ne veut pas dire qu’on ne peut rien en faire, au contraire : quand il est d’accord, on s’éclate, et il est souvent d’accord (heureusement) ! Il adore tester plein de choses, et je suis sûre que dans quelques années ce sera un excellent petit cheval polyvalent avec lequel je pourrai m’amuser comme une folle. Mais son réflexe de base, s'il n’est pas convaincu par une proposition, va clairement être de faire opposition : je rappelle que la phrase qui résume le cerveau gauche extraverti est « You’re not the boss of me » (t’es pas mon boss, en français). Ça plante quand même assez bien le décor....

Val découvre le travail monté en dextre avec un poney expérimenté à ses côtés
Val découvre le travail monté en dextre avec un poney expérimenté à ses côtés

5. Pouvoir s'auto-évaluer

Il est probable que si Val n’avait pas été aussi extrême dans sa personnalité, j’aurais moins ressenti la nécessité de me faire entourer comme je l’ai fait au moment où j'ai réalisé que les choses pouvaient éventuellement devenir difficiles si je ne le faisais pas. Je ne regrette absolument pas cette idée d'acheter un poulain en manquant d'expérience, même si je ne la conseille pas à tout le monde : au risque de me répéter, cette aventure est réservée à ceux qui aurons la présence d'esprit de se faire aider. Pouvoir s'auto-évaluer et reconnaître qu'on n'est pas toujours capable est une chose très positive. Ce serait dommage que votre cheval prenne de mauvaises habitudes ou que vous viviez une mauvaise expérience parce que votre égo était trop grand. Que votre cheval soit extrême ou non, qu'il soit cerveau gauche ou droit, intro ou extra, vous pouvez à tout moment être confronté à une situation inédite, à laquelle vous ne serez pas préparé. Et ce n'est pas grave ! Le tout est de savoir le reconnaître.

Echauffement au sol avant une séance montée
Echauffement au sol avant une séance montée

C'est d'ailleurs pour ça que Blooming Riders existe : vous aider quand vous n'êtes pas sûr, vous confirmer quand vous croyez savoir, répondre aux questions que vous vous posez. Même entre professionnels, d'ailleurs ! Qu'il sera beau, le monde du cheval, quand tous les professionnels seront capables d'appeler leurs collègues pour leur demander un conseil comportemental, ou sur l'entraînement d'un cheval, lorsqu'ils sentiront qu'un élément leur échappe.

A travers cet article et cet aveu à la terre entière (si, au moins !) que mon aventure avec Val n'est pas faite que de grands éclats de rire et de cabrioles formidables (myth busting : the insta life is not the real life), je souhaite vous inviter, vous qui êtes propriétaires de chevaux, demi-pensionnaires, cavaliers de club, à faire ce premier pas vers un monde du cheval moins égocentré. On fait tous des bêtises, on a tous des lacunes, on manque tous parfois de réactivité : l'essentiel est d'en prendre conscience et de s'entourer des personnes qui pourront positivement nous aiguiller vers une meilleure version de nous-mêmes !

Et pour terminer par le côté que j'adore chez Val ... :

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Lucie, co-fondatrice de Blooming Riders